Les marchés de prédiction : à qui profite cette innovation et quel en est le coût?

L’intérêt du secteur pour les marchés de prédiction ne cesse de croître. En août, Wealthsimple a publié un livre blanc dans lequel il recommande un accès plus large aux contrats liés à des événements. Plus récemment encore, VerdX a déposé une demande pour devenir courtier en placement à exécution d’ordres seulement (OEO), ne négociant que des contrats sur les marchés de prédiction. Les organismes de réglementation devraient examiner cet intérêt avec soin, mais celui-ci ne devrait pas déterminer l’issue du dossier.

Le véritable enjeu n’est pas de savoir si les marchés de prédiction sont innovants, si certains investisseurs américains les adoptent ou quels produits ont les faveurs des organismes de réglementation. Il s’agit plutôt de déterminer si leur offre par l’intermédiaire de canaux de placement réglementés est compatible avec la protection des investisseurs, ainsi qu’avec des marchés financiers équitables, efficaces et dynamiques, et si les risques peuvent être gérés de manière adéquate.

Les partisans de ces produits en soulignent les avantages potentiels, notamment en matière de prévision et de couverture. Les organismes de réglementation devraient peser ces avantages par rapport aux risques pour les investisseurs particuliers, l’intégrité du marché et le cadre réglementaire. Les contrats liés à pratiquement n’importe quel événement du monde réel pourraient nécessiter la mise en place de nouveaux systèmes coûteux pour surveiller les transactions, détecter les manipulations et lutter contre l’utilisation abusive d’informations non publiques. Les organismes de réglementation doivent déterminer si une surveillance efficace est réalisable, qui la financerait, et si les exigences réglementaires seraient proportionnelles au rôle de ces produits sur le marché.

Pour les investisseurs particuliers, il ne s’agit pas d’un débat abstrait sur la classification réglementaire. Les produits qui proposent des paris sous couvert d’investissement pourraient encourager la spéculation à court terme par l’entremise des mêmes plateformes que celles utilisées par les Canadiens pour épargner en vue de la retraite, des études et d’autres objectifs à long terme. Les conséquences pourraient être particulièrement graves pour les investisseurs dont l’épargne est limitée ou qui ont une faible capacité à absorber les pertes.

La prudence n’est pas synonyme de résistance à l’innovation. Proposer des produits s’apparentant à des jeux de hasard par l’entremise des plateformes d’investissement grand public pourrait exposer davantage de Canadiens à des pertes qu’ils ne sont pas prêts à assumer. Cela soulève également une question politique plus large : le fait de rendre la spéculation sur des événements à court terme plus accessible par le biais de canaux d’investissement pourrait-il détourner des épargnes déjà limitées d’investissements qui financent les entreprises canadiennes, soutiennent l’emploi et contribuent à la croissance économique?

Le livre blanc de FAIR Canada, intitulé Les marchés de prédiction au Canada : Définir la ligne réglementaire, souligne que la forme juridique n’est que le point de départ de la discussion. Les organismes de réglementation doivent également examiner le fonctionnement concret de ces produits, les risques qu’ils engendrent et l’efficacité du cadre réglementaire des valeurs mobilières pour y remédier. Tant que ces questions n’auront pas trouvé de réponse, il serait prématuré d’élargir l’accès des particuliers à ces produits par le biais de canaux d’investissement réglementés.

JP Bureaud, PDG, FAIR Canada

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