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Une occasion à ne pas manquer

L’évaluation de la tolérance au risque est une étape importante du processus d’information sur le client, mais étonnamment, au Canada et dans la plupart des autres pays, aucune norme n’encadre ce processus. Il y a là une lacune à combler sans attendre, pas seulement pour protéger les investisseurs, mais aussi pour aider les professionnels des placements dans l’exercice de leurs fonctions.

Actuellement, les courtiers et les conseillers ont recours à des pratiques diverses et variées pour évaluer la tolérance au risque. Beaucoup se limitent à des évaluations vagues et hautement subjectives basées uniquement sur l’appréciation du conseiller après ses discussions avec le client. D’autres s’en remettent à des notes obtenues sur la base de réponses à des questionnaires écrits convertis en valeurs numériques, en fonction desquelles ils adaptent la répartition des actifs et le choix de modèles de portefeuilles.

Cependant, d’après Geoff Davey de FinaMetrica Pty Ltd., en Australie, qui a mis au point un système reconnu d’évaluation du profil de risque, le processus des notes est typiquement rudimentaire et arbitraire en raison de la pondération inadaptée des facteurs de risque isolés dans les questionnaires. De plus, il n’y a peut-être pas de base objective pour conclure que la conception du questionnaire permettra d’obtenir des informations valables sur la volonté et les capacités réelles du client d’assumer des risques financiers.

Ajoutons à ce problème que le risque est un concept quelque peu aléatoire : on ne le conçoit pas tous de la même façon. Il peut être hautement contextuel et très difficile à quantifier (fait encore plus évident à l’étude des commentaires en réponse à la consultation des ACVM sur une proposition de méthode d’évaluation du risque dans les documents d’Aperçu du fonds).

Ces difficultés sont autant de preuves de la nécessité d’une norme définissant une pratique efficace et uniforme. Sans cela, les méthodes inadaptées d’évaluation du profil de risque peuvent faire naître des malentendus entre les clients et les conseillers lorsqu’ils évoquent le risque. Ce décalage compromet invariablement la capacité du conseiller de faire des recommandations adaptées et crée une menace pour les investisseurs, même si leurs conseillers sont tout à fait bien intentionnés.

Heureusement, les grandes lignes d’une norme viable commencent à prendre forme. Geoff Davey, par exemple, soutient qu’une évaluation complète doit inclure beaucoup plus qu’une simple évaluation du niveau de risque que le client est prêt à prendre (tolérance au risque). Elle doit également s’intéresser au degré de risque que le client peut se permettre de prendre (capacité de risque ou capacité de perte) et qu’il doit prendre pour atteindre ses objectifs de placement (risque dit « nécessaire »).

Ensuite, les conseillers doivent déceler toute discordance entre ces trois mesures et aider le client à prendre des décisions représentant des compromis pour définir la répartition des actifs adéquate et le niveau de risque à appliquer à son portefeuille. Dans certains cas, un décalage peut signifier que les objectifs de placement du client sont eux-mêmes inadaptés ou irréalistes.

Au Royaume-Uni, la Financial Conduct Authority (auparavant dénommée Financial Services Authority [FSA]) a expressément souscrit à cette approche. Dans son rapport de 2011 sur l’évaluation de la tolérance au risque et la convenance, la FSA de l’époque a présenté des directives précises sur la manière dont l’évaluation du profil de risque doit être pratiquée, notamment sur la façon dont les décalages entre la tolérance au risque, la capacité d’assumer un risque et le risque nécessaire du client devaient être gérés. Les directives sont ainsi formulées :

  • S’il advient que les besoins du client sont en conflit avec le niveau de risque qu’il est enclin à prendre et capable de prendre d’après la société, nous attendons de celle-ci qu’elle approfondisse sa discussion avec le client. La société doit attirer l’attention du client sur les décalages observés entre ses objectifs de placement, sa situation financière, sa tolérance au risque et sa capacité de perte. Elle doit également expliquer au client les effets de ses décisions reposant sur un compromis – par exemple, épargner plus, dépenser moins, prendre sa retraite plus tard ou prendre plus de risques.
  • Si le client n’est pas en mesure de faire face à la perte éventuelle liée à une stratégie à risque plus élevé, la société doit expliquer au client que son besoin d’un rendement plus élevé ne peut pas raisonnablement être comblé.

Au Canada, aux États-Unis et dans d’autres pays, cependant, FinaMetrica note que l’évaluation du profil de risque reste marquée par d’importantes failles telles qu’un examen léger ou non existant des principaux facteurs de risque, une absence de traitement des facteurs de risque de façon séparée, un choix inapproprié des pondérations des facteurs de risque et la correction des décalages par le conseiller sans le consentement éclairé du client. Il y a encore beaucoup à faire sur cette question importante pour améliorer les pratiques et protéger les investisseurs canadiens.

La Fondation canadienne pour l’avancement des droits des investisseurs presse les autorités de réglementation du pays de mettre au point rapidement des normes précises pour l’évaluation de la tolérance au risque et de rendre ces normes obligatoires pour tous les conseillers et leurs courtiers dans le cadre de l’obligation de bien connaître son client. Cela permettra d’améliorer la protection des consommateurs en réduisant les recommandations inadaptées qui résultent d’une évaluation inadéquate. Parallèlement, les conseillers et les courtiers s’exposeront à moins de plaintes et de mesures disciplinaires. Tout le monde y trouverait en fait son compte – voilà une occasion à ne pas manquer.

avril 01, 2014