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Professionnel en placement ou faux professionnel : Lequel serez-vous?

À l’occasion d’une réception, voilà un certain temps, un conseiller (appelons-le Fred) est venu me voir pour me dire : « Nous ne sommes pas toutes de mauvaises personnes vous savez. Nous ne sommes pas des monstres. » Puis, sans rien ajouter, il s’est retourné et a disparu dans la foule.

Au début, j’ai pensé que Fred se plaignait que les défenseurs des investisseurs l’avaient injustement diabolisé, lui et ses pairs. Mais après avoir discuté avec d’autres conseillers, j’ai vite découvert que l’emportement de Fred reflétait réellement un sentiment de tension et de colère éprouvé par d’autres. Dans l’ensemble de l’industrie des placements, les gens sont discrètement en désaccord avec la direction de l’industrie relativement à leur image publique, leur image personnelle et leur estime personnelle.

Le sujet en cause est le professionnalisme. Plus particulièrement, les conseillers sont-ils libres de devenir de véritables professionnels? Ou bien, leur industrie, pour des raisons financières, les empêche-t-elle et insiste-t-elle pour conserver des normes moins rigoureuses qui relèguent les conseillers à un statut de seconde classe?

La question est sur la table du débat en cours actuellement, à savoir si les organismes de réglementation doivent imposer une norme du « meilleur intérêt » et s’ils doivent bannir les commissions de suivi des fonds communs de placement qui donnent lieu à des conflits d’intérêts. En disant « non » à ces deux initiatives, certains éléments de l’industrie des placements ont délibérément bafoué deux des principes les plus importants du professionnalisme : faites ce qu’il y a de mieux pour votre client et évitez les conflits d’intérêts dans la mesure du possible.

Cela me ramène à Fred. Je n’ai jamais eu le temps de lui répondre avant qu’il parte. J’aimerais donc le faire maintenant, et dire ce qui suit :

Fred, je sais que vous n’êtes pas toutes de mauvaises personnes. Je sais que la plupart des personnes de votre industrie travaillent fort tous les jours en ayant à cœur l’intérêt supérieur de leurs clients. Et elles ne le font pas parce qu’une loi, une règle ou un règlement l’exige. Elles le font parce qu’elles estiment que c’est ce qu’elles sont censées faire en tant que professionnels. Des professionnels en placement. C’est de la façon dont ces personnes se voient elles-mêmes. C’est ce qu’elles veulent être.

C’est également ce qu’elles doivent être. Et ce, parce qu’elles comprennent que leurs clients ont besoin de conseils objectifs et judicieux. Les clients ont besoin de conseils qui servent au mieux leurs intérêts. Des conseils intègres.

Les conseillers savent également à quel point le professionnalisme est essentiel pour attirer et garder les clients. Les conseillers comprennent que ce sont les éléments clés du professionnalisme (objectivité, indépendance, fiabilité et responsabilité) qui les unissent de manière puissante et positive à leurs clients, à leur vie et aux meilleurs aspects de leur profession.

Cependant, il arrive trop souvent que les modèles de gestion imposés empêchent les conseillers d’agir de manière professionnelle ou ternissent leur image. Les conseillers savent que ces modèles ne sont pas bons. Par exemple, le système actuel fait en sorte que les incitatifs de vente de produits exclusifs et les commissions de suivi créent des conflits d’intérêts. Ils savent que cela n’est pas correct que la norme de convenance actuelle permette aux conseillers de recommander des produits dispendieux au lieu de solutions à plus faibles coûts. Voilà des situations qu’aucune profession véritable ne tolérerait.

Le système actuel ne fonctionne pas Fred. Pas si les conseillers espèrent obtenir le statut de professionnels. Les réformes sont nécessaires (de vraies réformes) pour bannir ces systèmes de rémunération conflictuelle et lever ces contraintes. Cela apportera-t-il des changements profonds dans la façon dont les conseillers et leurs firmes doivent mener leurs activités? Certainement. Il est certain que les bons conseillers ne s’objectent pas aux changements visant à améliorer l’intégrité et le professionnalisme de leur profession. Ils ne craignent pas ces changements et ne les voient pas comme un fardeau.

Au contraire, ce qui selon moi représente un fardeau pour les bons conseillers sont les équivoques dégoûtées de l’industrie concernant les devoirs et obligations associés à la relation conseiller-client. La relation avec le client est l’actif le plus précieux du conseiller. Mais qu’advient-il de cette relation lorsqu’un groupe de lobbyistes de l’industrie essaie de vendre la notion étrange et contradictoire que ce n’est pas dans l’intérêt des clients que les conseillers agissent dans l’intérêt supérieur de leurs clients? Ou bien, que c’est correct que les firmes et les conseillers soient régulièrement rémunérés d’une manière qui les aveugle quant à ce qui est mieux pour leurs clients?

Cela donne l’impression que les conseillers veulent se soustraire à leurs responsabilités et ne pas les reconnaître. Cela ne fait qu’assombrir leur image de professionnels, et ce n’est pas bon pour les affaires parce qu’un professionnalisme amoindri mine ce que les conseillers ont de plus précieux à offrir.

Cette situation est d’autant plus frustrante pour meilleurs conseillers parce qu’ils savent qu’ils pourraient obtenir une rémunération équitable pour leurs conseils légitimes si des modèles de gestion de rémunération transparente en contrepartie de conseils étaient adoptés. Ce changement ne les effraie pas. Ils veulent seulement qu’il soit appliqué à l’ensemble de l’industrie, à tous les types de firmes et de conseillers, de sorte que personne ne subisse de désavantage concurrentiel.

La frustration étouffée est révolue, Fred. Les organismes de réglementation sont, à l’heure actuelle, à la croisée des chemins concernant ces questions, et une direction est sur le point d’être choisie. Les conseillers qui aspirent à devenir de véritables professionnels doivent se faire entendre.

Par conséquent, le cœur de la question est de savoir si vous, et ceux comme vous qui se trouvent en première ligne, vous lèverez et direz à votre direction et aux décideurs de partout au pays que vous souhaitez appliquer les meilleures normes pour conserver vos clients; que vous êtes en faveur des réformes qui bannissent les pratiques de rémunération conflictuelles et éliminent les contraintes à votre professionnalisme; que vous être prêts à prendre les mesures nécessaires pour que ces réformes cruciales produisent l’effet recherché.

Si cela est votre position, envoyez un courriel à votre organisme provincial ou territorial de réglementation à ce sujet. Envoyez une copie à Investment Executive. Dites-le comme bon vous semble, mais commencez par leur dire que vous désirez être un véritable professionnel en placement.

Cet article est publié à titre de page en regard de l’éditorial Inside Track dans la version électronique d’Investment Executive.