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Pour bientôt, la bourse Kijiji et l’application de partage de portefeuilles Uber?

Les subterfuges technologiques sont emblématiques de la génération Y. À une époque, les consommateurs craignaient les technologies perturbatrices, or maintenant, certains les utilisent pour se soustraire aux règles commerciales et aux circuits de vente établis ainsi qu’aux coûts associés.

Les porte-étendard de cette révolution sont de jeunes adultes férus de technologie qui sont pour la plupart exclus du cycle de l’économie traditionnelle. N’ayant à peu près pas de revenu disponible et étant incapables d’entrer sur le marché, ils ont trouvé des moyens d’obtenir ce dont ils avaient besoin et envie par l’intermédiaire de mécanismes de partage en ligne fortement adaptables.

L’industrie des placements devrait-elle s’en inquiéter? Plusieurs acteurs de l’industrie vous répondraient que non. En effet, pourquoi craindre des gens qui évitent de payer des frais si ces gens ne forment pas votre marché cible?

Mais voilà, la génération Y n’est pas la seule à s’adonner à ce jeu. Depuis Napster, la pratique est courante dans divers secteurs de la consommation, et ce, au mépris des lois sur le droit d’auteur, des contrats d’exclusivité, des embargos, des règlements municipaux et d’autres mesures de protection qui jusque-là permettaient de contrôler l’accès aux biens et aux services et de tirer des revenus de ces biens et services.

Lorsque les barrières tombent et que s’engouffrent les profiteurs, les autorités responsables d’appliquer le droit commercial sont rapidement dépassées. En fait, le droit est alors tout simplement inutile. Les lois pour tous qui ne visent en fait que quelques individus sont inefficaces et, dans un tel chaos, les modèles d’affaires établis s’effondrent dès qu’ils perdent de leur pertinence et de leur vigueur.

Sous cet angle, les subterfuges technologiques représentent une menace bien réelle non seulement pour les conventions de l’industrie des placements, mais aussi pour les mécanismes qu’utilisent habituellement les organismes de réglementation des valeurs mobilières. À titre d’exemple, ces organismes peuvent bien se tuer à dire que la négociation doit s’effectuer sur des bourses reconnues et par des courtiers en valeurs inscrits, si des millions d’acheteurs et de vendeurs choisissent de faire en affaire en ligne à l’aide d’applications de paiement direct, rien ne pourra les en empêcher.

De la même manière, la réglementation n’empêche pas les gens d’échanger des suggestions concernant les portefeuilles et de payer pour ces conseils, s’ils préfèrent cette solution au fait de payer une entreprise d’investissement inscrite pour qu’elle les conseille sur la répartition de leurs actifs.

Il faut donc se demander comment éliminer les bourses de valeurs mobilières improvisées qui pullulent dans les réseaux de pairs, ou comment empêcher la prestation de conseils parallèle sur une plateforme inspirée d’Uber. En fait, la vraie question est la suivante : qu’est-ce qui amènerait les investisseurs à choisir un mécanisme réglementé plutôt qu’une solution parallèle?

Nous savons que la réponse n’est pas le coût avantageux, la simplicité ou l’accès facile des mécanismes réglementés. Ces derniers n’offrent rien de tout cela. La voie officielle a tout de même un atout de taille : elle offre aux consommateurs une protection qu’ils ne trouveront pas dans le monde libertaire qu’est Internet. Il pourrait s’agir là d’un point déterminant qui convaincra peut-être les consommateurs de se tenir loin des subterfuges technologiques. Ce ne sera le cas, toutefois, que s’ils jouissent d’une protection véritablement mise en application et que de ce fait les marchés traditionnels leur offrent une valeur ajoutée.

Dans un contexte où la plupart des investisseurs ne lisent pas les documents de divulgation (ils ne les comprendraient même pas de toute manière), protéger véritablement les investisseurs sous-entend que les mesures en place doivent être réellement appliquées. Il s’agit donc non seulement de les protéger contre des conseillers malhonnêtes, mais aussi contre les effets des régimes de rémunération des conseillers qui sont à l’origine de conflits d’intérêts. Il s’agit aussi de cesser la vente de produits complexes, risqués et coûteux à des investisseurs peu avertis, peu importe qu’ils soient riches ou qu’ils puissent bénéficier, en théorie, d’avoir un grand choix de solutions d’investissement.

Il s’agit également de mettre en place de telles mesures de protection dès maintenant. En effet, l’industrie doit cesser de se traîner les pieds au sujet des initiatives de protection des investisseurs; quant aux organismes de réglementation des valeurs mobilières, ils ne peuvent plus étudier ces mêmes initiatives à l’infini – la prise de décisions éclairées doit s’effectuer dans de meilleurs délais – et ils doivent voir à ce que les politiques approuvées soient mises en place rapidement.

Tout compromis à cet égard risquerait de mener à l’essor de technologies qui renforcent la culture du contournement et ce type de technologies peut être terriblement disruptif. D’autres industries l’ont appris à leurs dépens. Elles ont perdu du terrain ou ont subi une importante transformation; dans certains cas, elles sont carrément devenues obsolètes, ce qui a causé leur perte.

Par conséquent, même si cela peut paraître étrange, l’industrie des placements doit se poser en défenseur d’un régime de protection des investisseurs véritablement mis en application. Non seulement est-ce dans son intérêt, mais c’est peut-être aussi son seul moyen de survivre.

Ce mois-ci, dans sa chronique Inside Track, publiée dans Investment Executive, Neil Gross se demande s’il est possible d’empêcher les consommateurs de contourner les modèles d’affaires traditionnels de l’industrie des placements à l’aide de technologies disruptives. Selon lui, il faut se demander si quelque chose pourrait amener les investisseurs à choisir un mécanisme réglementé plutôt qu’une solution parallèle moins coûteuse. Il croit que si les mécanismes réglementés offraient une réelle protection aux consommateurs, l’industrie des placements pourrait alors conserver sa place.

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octobre 26, 2015