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Les tactiques de réfutation de la science n’aideront pas le secteur des fonds communs de placement

Les treize organismes provinciaux et territoriaux de réglementation des valeurs mobilières du Canada ont récemment tiré un coup de semonce pour le moins intéressant en direction du milieu du placement. Cet avertissement a été formulé dans une publication des Autorités canadiennes en valeurs mobilières visant à répondre aux questions fréquentes au sujet du rapport de Douglas Cummings sur les effets des commissions de suivi des fonds communs de placement. Le professeur Cumming et son équipe ont certes fourni les réponses, mais on pouvait lire entre les lignes les propos des organismes de réglementation.

Essentiellement, les organismes de réglementation ont signalé que la question de la légitimité des commissions de suivi avait atteint un point tournant et qu’à partir de maintenant, les propos semant des doutes insidieux sur les preuves scientifiques à cet égard ne seront plus tolérés. On ne permettra plus l’emploi de telles tactiques pour perturber l’élaboration de politiques réglementaires sur la réforme des frais associés aux fonds communs de placement, ce qui s’applique plus particulièrement à la question visant à déterminer si les commissions de suivi sont néfastes et devraient être bannies.

Selon les recherches de M. Cumming, les commissions de suivi, les frais d’acquisition reportés et les ventes par l’intermédiaire de courtiers affiliés sont effectivement très néfastes. Ils faussent les mouvements d’investissements, causent préjudice aux investisseurs en les orientant vers des fonds communs sous-optimaux et nuisent au marché en favorisant la détérioration du rendement des fonds communs.

Voir l’article : http://www.investmentexecutive.com/-/csa-commissioned-analysis-reiterates-expands-conclusions-of-cumming-s-report [en anglais seulement]

Heurtés par ces conclusions, certains joueurs du milieu des fonds communs de placement ont laissé entendre que la méthode de recherche ou d’analyse de M. Cumming pouvait comporter des lacunes. M. Cumming a toutefois fourni une réponse plutôt cinglante, que l’on peut paraphraser ainsi : Ceux parmi vous qui remettent en question la méthodologie employée par mon équipe perdent leur temps. La méthodologie a été rigoureusement élaborée conformément aux normes économétriques et statistiques, et elle est bien conçue. L’ensemble de données que nous avons observé était extrêmement solide. Nous l’avons analysé méticuleusement. Nous avons contre-vérifié nos calculs, nos conclusions concordent avec celles de toutes les autres études valides précédemment réalisées sur la question, et nos conclusions sur les données subsistent.

Et une dernière chose en passant : si vous utilisez de la science bidon pour remettre en question nos conclusions, nous répondrons avec précision et rigueur, au risque de vous humilier.

En fait, M. Cumming n’a pas réellement parlé de « science bidon » pour décrire un rapport non encore publié d’Investor Economics Inc., commandé par l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC). M. Cumming et son équipe ont toutefois démoli le rapport ouvertement, affirmant franchement qu’il est fondé sur la mauvaise mesure de rendement et comporte des données manquant de détails, et qu’il emploie des méthodes économétriques tout à fait erronées ignorant plus d’un demi-siècle d’économétrie et de statistiques.

Le groupe de M. Cumming en arrive donc à la conclusion que l’étude d’Investor Economics et de l’IFIC ne dévoile absolument rien sur la relation entre le rendement des fonds communs de placement et les mouvements de ces fonds, ou sur tout autre facteur pertinent pouvant avoir de l’incidence sur ces mouvements.

Il est à souhaiter que ces propos sévères fassent réfléchir ceux qui voudraient brouiller ce qui devrait être une discussion sans équivoque. L’enjeu financier pour les millions de Canadiens détenteurs de fonds communs de placement étant si important, toute décision stratégique sur l’avenir des commissions de suivi devrait être prise dans un esprit de rationalité. Cette décision devrait par ailleurs être éclairée par des recherches scientifiques objectives, comme l’ont récemment soutenu les intervenants du milieu du placement.

Qui plus est, ces intervenants n’ont aucun impératif stratégique les incitant à tomber dans le ridicule pour défendre les commissions de suivi. Le secteur des fonds communs de placement n’est pas sur le point de faire l’objet d’une intervention réglementaire visant à le priver de ses clients. Il ne s’agit pas d’une lutte à finir. Le milieu des fonds communs de placement n’a pas besoin de perpétuer une situation malsaine pour survivre.

Les émetteurs et distributeurs de fonds communs de placement ont plutôt une solution avantageuse qui s’offre à eux : Ils peuvent accepter les preuves scientifiques, reconnaître qu’ils doivent ainsi revoir la façon dont les clients paient pour leurs fonds communs et mettre en place un nouveau modèle d’affaires cadrant à la fois avec leurs intérêts et ceux de leurs clients.

L’existence de cette solution, ou de cette possibilité, devrait grandement influencer la décision quant à l’avenir des commissions de suivi, et cette décision s’impose. La science a dévoilé les preuves nécessaires. Il incombe maintenant aux organismes de réglementation de trancher en fonction de ces preuves et de l’intérêt du public.

Cet article est publié à titre de page en regard de l’éditorial Inside Track dans la version électronique d’Investment Executive.

février 23, 2016