Le financement participatif a sa raison d’être, mais il s’agit d’une manière un peu folle d’investir

Si vous habitez en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, au Manitoba, au Québec, au Nouveau-Brunswick ou en Nouvelle-Écosse, vous avez maintenant la possibilité d’acheter des actions d’entreprises en démarrage en ligne par l’intermédiaire de sites Web spéciaux appelés des portails de financement participatif. Bientôt, tous les Canadiens pourront aussi acheter des actions de cette façon.

Il s’agit de « financement participatif en capital ». Ce mécanisme est différent des campagnes de financement participatif menées par Kickstarter ou Indiegogo, par exemple. Ces campagnes sont généralement menées à des fins philanthropiques ou pour financer des projets artistiques et d’autres causes louables. Parfois, on promet aux bailleurs de fonds qu’ils obtiendront un prototype une fois qu’il aura été conçu, s’il l’est un jour, comme pour la montre Pebble. Cependant, l’élément principal qu’il faut saisir est que dans le cas du financement participatif ordinaire, le bailleur de fonds ne s’attend pas à récupérer sa contribution plus un profit.

En revanche, le financement participatif en capital ne se résume pas à appuyer une cause louable. Les bailleurs de fonds tentent, par le fait même, de réaliser un investissement intéressant, c’est-à-dire un investissement présentant un potentiel de rendement raisonnable. C’est là que les choses se compliquent; le financement participatif constitue une façon très risquée d’investir.

Il existe cinq risques principaux :

Taux de défaillance très élevé: Les entreprises en démarrage représentent généralement un risque élevé, même dans les meilleures circonstances. La plupart échouent. En fait, bon nombre sont vouées à l’échec dès le départ, que ce soit parce que le concept n’a pas été suffisamment bien réfléchi ou parce les personnes à l’origine de celui-ci n’ont pas l’expertise nécessaire pour le transformer en une affaire réelle et rentable.

Pour les investisseurs, ce risque est accru par le financement participatif. Pourquoi cela? Parce qu’il est facile de tenter d’obtenir du soutien en ligne. N’importe qui peut le faire, y compris des légions d’idéalistes aux concepts d’affaires boiteux. Les lois sur les valeurs mobilières réfrènent généralement ce genre de personnes. Cependant, maintenant que les lois sont assouplies pour permettre le financement participatif, n’importe quelle entreprise en puissance a accès à un bassin d’investisseurs potentiels plus vaste que jamais.

Fraude: Les courtiers véreux ont fait d’Internet leur terrain de jeu et ils ne tarderont pas à s’attaquer au financement participatif en capital. Il sera difficile de distinguer les portails de financement participatif légitimes des portails frauduleux. Et si vous croyez que vous êtes trop intelligent ou aguerri pour vous faire prendre, vous êtes déjà dans l’erreur. Les meilleures statistiques disponibles démontrent que les investisseurs bien renseignés et trop sûrs d’eux sont les plus susceptibles d’être trompés.

Absence de responsabilité: Les entreprises qui font appel au financement participatif n’auront que peu d’obligations à l’égard des renseignements à fournir à leurs investisseurs sur la façon dont leur argent est dépensé. Par conséquent, vous ne saurez probablement jamais à quoi vos fonds auront servi. Auront-ils été utilisés pour les activités normales de l’entreprise ou plutôt pour assurer une rémunération excessive aux dirigeants? Auront-ils été utilisés pour financer des erreurs coûteuses ou des fêtes somptueuses, ou pour embaucher des amis et des membres de la famille ne possédant pas les qualifications requises?

Manque de liquidités: Un actif est dit « liquide » s’il peut être vendu facilement et rapidement, comme des actions vendues à la bourse. Les actions d’entreprises en démarrage ne peuvent toutefois pas être vendues à la bourse. Une fois que vous les aurez achetées, vous risquez de ne plus jamais pouvoir les vendre. Vous ne pourrez donc pas limiter vos pertes si la valeur de l’action chute de 20 % ou 30 %. En cas de perte, vous perdrez fort probablement chaque dollar investi.

Dilution: La dilution constitue un risque si l’entreprise commence à présenter des signes prometteurs, mais qu’elle a besoin de plus de capital pour pouvoir poursuivre ou croître. Le fait d’ajouter de nouveaux investisseurs aura pour effet de réduire le pourcentage de participation de chacun des investisseurs initiaux. À chaque ronde de financement, la chance que votre microinvestissement de départ vous rapporte une fortune diminuera de plus en plus.

Un énorme battage entoure le financement participatif en capital. Il est reconnu comme une façon novatrice que peuvent utiliser les petites entreprises pour réunir des capitaux et se lancer sur le marché. Par mesure de sécurité, les règles stipulent qu’il y a un montant maximal que vous pouvez investir. Cependant, avant d’investir ne serait-ce qu’un dollar, évaluez bien la réalité. Demandez-vous ce que vous pouvez réellement obtenir en retour et ce que vous n’obtiendrez pas.

Examinons ces questions dans l’ordre inverse.

Vous n’obtiendrez pas, par exemple, de renseignements financiers détaillés sur l’entreprise; une divulgation rigoureuse n’est pas exigée en vertu des règles qui régissent le financement participatif. Vous ne bénéficierez d’aucun mécanisme de filtrage pour tenir les escrocs à l’écart; les portails n’assument aucune responsabilité à cet égard. Enfin, on ne vous empêchera probablement pas d’investir plus que ne le permettent les règles; aucun organisme de réglementation provincial n’a démontré qu’il était vraiment en mesure de faire appliquer ces règles. Bref, vous ne bénéficiez d’aucune réelle protection.

En revanche, voici ce que vous obtenez : des risques importants, des probabilités très minces et un potentiel de rendement très limité. Si vous souhaitez faire un don ou prendre quelques risques, allez-y! Toutefois, il s’agit d’une manière un peu folle d’investir.