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Comment protéger les clients qui présentent des signes de troubles cognitifs

Nous vivons plus vieux, et il y a plutôt lieu de s’en réjouir. Cependant, la cruelle réalité est que la plupart d’entre nous finiront par lutter contre la maladie d’Alzheimer ou une autre forme de démence. Et personne ne gagnera cette bataille.

Le risque de démence double tous les cinq ans à partir de 60 ans, et 20 % des personnes âgées de plus de 80 ans en sont atteints. Malheureusement, le tableau n’est pas encore complet, car 30 % souffrent de déficits cognitifs sans démence (CIND). En d’autres termes, la moitié des personnes âgées de 80 ans ou plus perdent la capacité de prendre des décisions importantes en matière financière. Leur dégénérescence, dans la plupart des cas, s’aggrave sur plusieurs années, et une proportion importante de ceux-là étaient déjà atteints entre 70 et 80 ans, d’autres même pendant leur soixantaine.

Le défi est de taille pour le bien-être financier des personnes âgées, qui représentent une proportion croissante de la population. Le dilemme n’est pas non plus à ignorer pour les conseillers en placement. Imaginons que vous êtes un conseiller qui soupçonne que votre client commence à souffrir de troubles mentaux qui affectent le jugement. Que faire et vers qui vous tourner pour protéger votre client et ses actifs ?

Vous devez avant toute chose informer votre superviseur du problème. Ensuite, avec celui-ci, vous pourriez envisager de rencontrer le client pour aborder la question. C’est un entretien difficile à mener, mais il est nécessaire. Dans certains cas, la discussion pourrait révéler que vos inquiétudes étaient infondées. Si tel n’était pas le cas, cependant, un plan d’action serait nécessaire, axé autour de deux composantes de base : stabiliser immédiatement les investissements du client et impliquer un tiers judicieusement choisi pour gérer les dossiers financiers du client. Ces composantes peuvent toutes deux être problématiques.

Les lois et réglementations actuelles permettent aux conseillers de refuser d’exécuter des ordres de transaction inappropriés, mais cela n’aide pas vraiment si le compte requiert une attention proactive, si le client n’est pas réceptif ou si ses instructions reflètent simplement le fait qu’il souffre probablement d’une perte de ses capacités. Si une position doit être immédiatement supprimée pour éviter ou réduire des pertes, il se peut que vous n’ayez aucun moyen de le faire.

En attendant, les lois sur la protection de la vie privée limitent la divulgation d’informations sur les dossiers financiers du client, de sorte que, s’il n’y a pas de cotitulaire du compte ou si le client n’a signé aucune procuration (notamment une qui reste expressément valide en cas d’incapacité mentale), un conseiller bien intentionné pourrait estimer que son unique réelle option est d’approcher la famille du client avec un vague commentaire de ce style : « Je suis un peu inquiet pour la mémoire de Fred. Peut-être devriez-vous le faire voir par son médecin. »

Mais tout cela est très peu satisfaisant. L’allusion pourrait être trop ambiguë et masquer la nature ou l’urgence du problème de Fred. Le conseiller pourrait aussi ne pas connaître la famille de Fred, ou bien Fred pourrait être furieux d’apprendre que son conseiller a parlé à sa famille. Fred craint peut-être aussi de souffrir d’abus financiers de la part de sa famille. Il a peut-être de bonnes raisons de s’inquiéter et il aurait été préférable de se tourner vers un ami sans lien de parenté pour l’aider.

Nous pourrions éviter en grande partie cette angoisse et ces ennuis en introduisant l’obligation pour tout client de désigner une personne avec qui communiquer si le conseiller s’inquiète des capacités mentales du client. Ce système entrerait en activité à moins que le client ait signé une procuration plus générale pour son compte, et devrait également permettre à la personne désignée de donner des instructions limitées pour le compte du client en vue de l’exécution de transactions urgentes nécessaires à la stabilisation du compte.

Ces mesures ne fonctionneront cependant que si les conseillers et leurs courtiers bénéficient à cet effet d’un cadre légal sûr. Ils doivent savoir qu’ils ne s’exposeront pas à des poursuites ou à des mesures disciplinaires si leurs inquiétudes les poussent à prendre des initiatives en avisant la personne désignée et s’ils suivent les instructions de cette personne en toute bonne foi. La législation et la réglementation doivent garantir cette sécurité.

En attendant, vous devriez presser vos clients d’envisager de donner une procuration à une personne de confiance, un conjoint ou un ami. Ce faisant, le client n’est privé d’aucun contrôle, car il peut révoquer la procuration à tout moment tant qu’il jouit de toutes ses facultés, et la procuration peut être adaptée de façon à prendre effet seulement si et lorsque le client perd ses facultés.

Ces sujets ne sont pas plaisants à aborder, mais il est important de le faire sans attendre, tant que nous le pouvons encore.

juillet 21, 2014