Les problèmes sont réels et empirent – Près de la moitié des Canadiens ne savent pas assez bien lire face à la complexité du monde actuel. Et quand il s’agit de calculer, la situation est pire encore. Leur endettement est trop élevé, leur épargne, trop faible. Les produits financiers deviennent plus difficiles à comprendre alors même que les gens doivent assumer une plus grande part de responsabilité à l’égard de leur filet de sécurité sociale. Trop de Canadiens ont mal préparé leur retraite, voire pas du tout. La fraude financière est répandue et grandissante.
Des rudiments financiers à la capacité d’investir – La définition étroite de la littératie financière est d’avoir les connaissances, les aptitudes et la confiance nécessaires pour exécuter avec succès les opérations financières de tous les jours. De ces rudiments, il faut passer à des niveaux de compétence plus élevés, jusqu’au statut d’investisseur averti.
Vers une meilleure éducation financière – Le mouvement se développe de multiples façons :
- Chaque province déploie ses propres efforts, parfois sur une échelle considérable;
- Le gouvernement fédéral a lancé un groupe de travail national sur la littératie financière et finance plusieurs organismes qui travaillent dans le même sens;
- des associations à but non lucratif œuvrent à cela, régionalement et nationalement;
- des sociétés de services financiers consacrent beaucoup d’argent et de temps à inculquer un minimum de savoir-faire financier à leurs clients.
Une prise de conscience nationale – Un consensus se forme, avec plusieurs conférences et études sur le sujet et un mouvement qui prend son essor. Le Canada doit absolument :
- faire de la littératie financière une priorité nationale;
- l’étendre aux jeunes comme aux adultes, au moment où ils en ont le plus besoin;
- mieux coordonner les efforts des secteurs public, privé et associatif;
- faire des essais pour savoir ce que les programmes d’éducation financière réussissent le mieux, avec des étalons de mesure et des cibles précises pour répartir le financement;
- s’inspirer des meilleures pratiques en vigueur dans le monde.
FAIR Canada demande aux autorités politiques de prendre la tête du mouvement – Il est grand temps que toutes les administrations et fonctions publiques (corps enseignants inclus) unissent leurs efforts à ceux des entreprises privées et des organismes à but non lucratif pour adopter une stratégie nationale et affecter les ressources nécessaires à sa réussite. On ne pourra parler de vraie volonté politique que quand des cours d’éducation financière seront ajoutés aux programmes des écoles secondaires et des systèmes d’éducation structurés pour adultes.
L’éducation financière ne suffit pas à protéger le public – Les particuliers doivent certes plus assumer la responsabilité de leurs propres affaires financières, mais il faut que le secteur des services financiers soit tenu responsable des produits qui causent du tort à leurs clients. Les autorités réglementaires doivent agir plus préventivement pour protéger les consommateurs et sévir contre la fraude, les publicités trompeuses et autres violations de la confiance du public.
Les problèmes sont très réels
- Selon une étude de 2003, près de la moitié des Canadiens ne savent pas assez bien lire pour bien fonctionner au travail et dans la vie quotidienne, et la situation est pire encore en calcul (connaissance et maîtrise des mathématiques). Une enquête plus vaste de Statistique Canada sur les aptitudes financières des Canadiens a été repoussée à 2010.
- Seulement un tiers des Américains de plus de 50 ans – et moins de la moitié des finissants du cours secondaire – ont répondu correctement aux trois questions d’un questionnaire financier très simple (simple financial literacy test, en anglais). Des tests menés au Canada sur une plus petite échelle ont donné des résultats comparables.
- Les sociétés de services financiers se plaignent souvent du faible niveau de compréhension de leurs clients, qui les empêche de discuter de façon approfondie de planification financière et de placements et qui oblige à revenir avec eux sur les notions les plus élémentaires.
Et ces problèmes vont en s’aggravant
- L’endettement est trop élevé. Trop de gens au Canada utilisent leurs cartes de crédit comme de l’argent comptant et ne comprennent pas ce qu’il en coûte de ne pas payer plus que le minimum sur leurs soldes mensuels. Le ratio dette/revenu a plus que doublé en vingt ans : en 2008, les Canadiens devaient en moyenne 1,40 $ pour chaque dollar de revenu disponible.
- Les taux d’épargne sont trop faibles. Un tiers des Canadiens n’ont aucune économie, et 58 % n’ont aucun plan financier. Le taux d’épargne national, qui était de 20 % dans les années 1980, a chuté au point de devenir négatif en 2005; il est remonté à 3 % en 2008, ce qui reste bas.
- Les produits financiers sont plus complexes. Des titres comme les prêts hypothécaires à taux variable ou les produits mixtes d’épargne et de bourse, des modes de placement comme les produits structurés, les fonds de couverture et les dérivés – dont la rentabilité souffre de frais souvent élevés – exigent de bien comprendre le rapport entre risque et rendement.
- Les particuliers ont maintenant une responsabilité plus grande. Les pouvoirs publics se sont délestés du gros de la responsabilité des retraites et d’autres éléments du filet de sécurité sociale sur les épaules du Canadien moyen. La sécurité de la vieillesse et les rentes du RRQ/RPC n’assurent que le minimum vital. Or, les gros déficits creusés par la lutte contre la récession se traduiront sans doute par plus d’impôts et taxes ou par moins de services, même une fois la reprise lancée. Avec l’aggravation du chômage et la hausse de l’endettement, il sera encore plus difficile de compter sur l’État pour assurer des services de retraite et de sécurité sociale.
- Les régimes de retraite évoluent. Au Canada, seulement 38 % de la population active a un régime de retraite d’employeur, et près de dix millions d’employés n’ont aucun régime privé. Les régimes à prestations déterminées, en déclin constant, sont maintenant réservés à une petite élite de salariés de l’industrie et de fonctionnaires. Les régimes à cotisations déterminées se sont répandus, mais ils nécessitent des décisions éclairées de la part de leurs titulaires.
- La fraude financière est un fléau courant et croissant. On estime à 1 100 000 les Canadiens qui ont été victimes de fraudes financières, dont 25 % plus d’une fois. Trop souvent, ce sont les catégories les plus vulnérables de la société, en particulier les personnes âgées, qui sont le plus ciblées. Même dans les rares cas où les autorités, la police et les tribunaux parviennent à faire condamner les coupables, les sommes perdues ne sont presque jamais récupérées. Il n’existe aucun fonds d’indemnisation pour les victimes de fraude.
Un mouvement se développe pour résoudre la question de l’ignorance financière
Au Canada, de plus en plus de gens prennent conscience de l’importance du problème, et leurs efforts regroupés ont donné naissance à une petite industrie.
- Presque toutes les provinces financent des mesures en ce sens. La Colombie-Britannique a été la première à inscrire au secondaire un cours d’éducation financière qu’il faut absolument suivre pour avoir son diplôme. D’autres provinces en offrent aussi, mais non obligatoires.
- Au sein des autorités canadiennes en valeurs mobilières, groupe chapeautant les autorités provinciales et territoriales, le Comité d’éducation des investisseurs enquête chaque année sur le savoir des investisseurs et a créé le programme Entraîne-toi à épargner pour les jeunes.
- Le Investor Education Fund de l’Ontario a un site offrant des renseignements impartiaux sur presque tous les genres de placements, avec plusieurs méthodes innovantes. Son programme Funny Money (coparrainé par l’OCRCVM) allie humour et animation pour inculquer aux jeunes les rudiments des finances personnelles.
- L’Autorité des marchés financiers du Québec et la GRC ont tous deux produit des brochures et une information Internet très complètes pour mettre au jour les fraudes financières, qui ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières années.
- Le gouvernement fédéral vient de lancer un groupe de travail de haute volée sur la littératie financière. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada, chargée de protéger et d’informer le grand public en faisant surtout de l’éducation, a parrainé des conférences et divers programmes sur le sujet. Elle et la Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique ont conjointement lancé The City, un site web destiné aux enseignants et aux étudiants pour l’initiation à la vie financière.
- Les associations à but non lucratif sont actives au niveau régional. SEDI (Social and Enterprise Development Innovations), d’envergure plus nationale, aide les Canadiens à faible revenu à s’autosuffire économiquement en misant sur l’éducation, l’épargne et l’esprit d’entreprise. SEDI passe par des organismes communautaires pour toucher les millions de jeunes et d’adultes (dont des immigrants) qui ne peuvent pas être joints par les écoles. D’autres associations visent à dispenser des services et formations en finances pour les plus défavorisés.
- Plusieurs banques, compagnies d’assurance et autres sociétés financières consacrent temps et argent pour donner aux Canadiens des notions financières, allant même jusqu’à donner des services aux immigrants dans leur langue maternelle. Mais il arrive que du matériel éducatif produit par le secteur financier soit trop axé sur les produits et manque d’objectivité.
- L’Institut des fonds d’investissement du Canada a parrainé une conférence sur l’éducation financière en juin 2009, qui assurait le suivi d’une autre, plus vaste, tenue à Montréal en septembre 2008.
Un consensus émerge
Le travail effectué a permis à certains points clés de faire de plus en plus consensus.
Hisser l’éducation financière au rang de priorité nationale – Tous les Canadiens devraient être capables de gérer leurs affaires financières avec confiance et efficacité et pouvoir ainsi participer pleinement à la vie de la société. Il faut mieux les préparer à assumer davantage la responsabilité de leur propre sécurité financière.
Notre pays a besoin de consommateurs plus éclairés en matière financière, afin d’alléger le fardeau de l’aide sociale, des prestations de vieillesse et des autres services à la charge de l’État. Les employeurs et les fournisseurs de services financiers ont tous intérêt à ce que salariés et consommateurs soient mieux informés.
Éduquer les jeunes… – La jeunesse est le meilleur âge pour apprendre. Nous devrions mettre au programme des cours d’apprentissage et de calcul en finances adaptés à tous les stades de l’évolution des étudiants. Des jeux et autres méthodes sur Internet viendraient renforcer ces importantes leçons afin d’en favoriser l’assimilation.
Les étudiants ne devraient pas obtenir un diplôme d’études secondaires sans connaître les rudiments de la finance, en démontrant une compréhension minimale des notions essentielles pour les particuliers comme l’épargne, les intérêts composés, les effets de l’endettement, etc. Les cours devraient au moins les initier aux principes de l’épargne, de l’investissement et des marchés financiers et leur donner un aperçu de la diversité des modes de placement.
… mais aussi les adultes, au moment où ils en ont le plus besoin – Les adultes n’apprennent la finance que lorsqu’ils sont obligés de s’en préoccuper. Les programmes destinés aux adultes plus avertis visent maintenant le public aux moments tournants de la vie comme le mariage, l’achat d’un premier logement, la naissance d’un enfant ou le décès d’un parent (héritage).
Mieux coordonner le travail des secteurs public, privé et associatif – Il faut rassembler les divers programmes et sources de financement dans un cadre plus ciblé, et mieux concerter les efforts des pouvoirs publics, des entreprises privées et des organismes à but non lucratif.
Vérifier quels programmes d’éducation financière marchent le mieux – Nous devons analyser avec plus de rigueur les résultats des différents programmes, afin que les fonds publics soient répartis selon des cibles fermes et des normes strictes. L’étude de Statistique Canada reportée à 2010 devrait établir la situation de base en disant où nous en sommes, aux niveaux national et régional, pour tous les groupes démographiques et économiques. Une enquête menée une année sur deux permettrait de suivre l’évolution et de repérer les zones de faiblesse.
S’inspirer de ce qui se fait de mieux ailleurs – Le Royaume-Uni, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ont déjà des stratégies nationales de littératie financière. Nous irons plus vite en analysant les pratiques et études (de portée petite ou grande) suivies dans le reste du monde.
FAIR Canada en appelle au pouvoir politique pour prendre la tête du mouvement
Nous nous réjouissons de la prise de conscience accrue du problème de l’ignorance financière. Il est temps que tous les paliers d’administration – fédéral, provincial et municipal – et les fonctions publiques, corps enseignants inclus, unissent leurs efforts pour doter notre pays d’une stratégie canadienne d’éducation financière et pour lui donner les moyens de réussir.
Le secteur financier a déjà manifesté sa volonté de financer des programmes. Si la classe politique se met au diapason des chefs de file des secteurs intéressés, il y aura plus de financement. Mais nos gouvernants doivent absolument jouer un rôle moteur pour que l’information donnée soit toujours impartiale et ne prône pas tel ou tel produit financier.
L’intervention politique doit s’exercer d’abord sur le front de l’éducation. Le consensus sur l’ajout de cours obligatoires d’éducation financière dans les écoles secondaires se heurte à des obstacles – programmes déjà chargés, inquiétudes des professeurs (souvent peu au fait des questions financières) et autres réticences – que seule une volonté politique peut surmonter.
La littératie financière ne réglera pas tout
Plus de responsabilité sur les épaules des particuliers … mais pas moins sur celles du secteur financier – Les gens doivent certes être plus responsables de leurs propres finances – faire aveuglément confiance à un conseiller en placement ou viser des rendements mirobolants conduit trop souvent à la ruine – mais blâmer les victimes serait très insuffisant. Les acteurs des milieux financiers ont l’obligation de créer des instruments correspondant aux promesses faites, sans surprises colossales ni risques imprévus pour les souscripteurs. Le culte de l’innovation financière a donné trop de produits qui ont rapporté gros à leur émetteur mais bien peu à leurs acheteurs, sans parler de ceux qui ont fait perdre beaucoup à ces derniers.
Les autorités réglementaires doivent faire leur part – C’est la prévention qui protège le mieux le grand public. Les autorités doivent s’assurer que les produits financiers ne sont pas viciés, même si cela ralentit l’innovation, et réglementer la publicité et la pertinence des services financiers. Mais elles doivent aussi, avec le législateur et les tribunaux, mettre en place et appliquer des peines sévères pour décourager ceux et celles qui violent les règles.
L’éducation financière a ses limites – Dans un intéressant article de 2008, Lauren Willis, professeur de droit aux États-Unis, déclarait qu’il ne fallait pas trop se fier à la littératie en matière financière, arguant que celle-ci n’a pas prouvé son efficacité et ne saurait remplacer des produits mieux conçus et un régime réglementaire plus strict (voir l’article joint).
Les règles concernant les investisseurs accrédités devraient être modifiées – La définition légale actuelle, qui dit qu’un investisseur est réputé accrédité quand il a des ressources suffisantes pour absorber de fortes pertes, facilite plus la vie des fournisseurs de services financiers qu’elle ne protège les investisseurs individuels. Les définitions d’un investisseur averti devraient établir des normes concrètes de connaissance des services et produits financiers.






