Article de Ellen Roseman, chroniqueuse de finances personnelles, The Toronto Star
Qu’est-ce que la littératie financière et quelles notes obtiendriez-vous à un questionnaire sur les finances ? On pourrait vous demander de définir la règle de 72 (pour calculer dans combien d’années votre argent aura doublé, pour un taux d’intérêt donné) ou de dire ce qui est pris en considération pour établir votre cote de solvabilité. Le problème de ces tests est qu’ils se fondent sur des faits, mais que ceux-ci changent avec le temps. Une stratégie visant à minimiser l’impôt à payer qui est légale aujourd’hui peut devenir de l’évasion fiscale demain; et très vite, vous recevez alors des avis du fisc vous demandant des milliers de dollars en arriérés d’impôts.
Vous pouvez obtenir une note de 100 % à une enquête sur vos connaissances financières … mais perdre quand même de l’argent parce que vous avez fait confiance à une personne malhonnête, misé sur une entreprise en difficulté ou fait un mauvais placement.
Au Canada, on gagne facilement la confiance des gens.
Prenez le cas de Earl Jones, ce conseiller de Montréal qui aurait semble-t-il dépensé des millions de dollars confiés à sa gestion par des clients. Sur les photos, cet homme de 67 ans aux cheveux blancs paraît tout à fait digne de confiance. Ses clients se croyaient en si bonnes mains qu’ils ne se sont pas souciés de vérifier auprès de l’Autorité des marchés financiers du Québec s’il était agréé et couvert par un fonds d’indemnisation (il ne l’était pas). Je ne blâme pas ici les victimes, mais un système qui laisse de pseudo-conseillers opérer hors de tout cadre réglementaire.
Les Canadiens ont le sentiment d’être protégés. Ils pensent qu’il y a toujours une règle édictée par un pouvoir public qui les mettra à l’abri des fraudes et des malversations. Or quand on croit qu’il y a un fonds d’indemnisation en cas d’insolvabilité, on est moins porté à être prudent et vigilant et donc à vérifier l’accréditation des personnes à qui on confie ses économies.
J’ai une solution pour que les Canadiens deviennent financièrement perspicaces : rendons-les plus soupçonneux. Efforçons-nous de changer leur attitude, pas de leur enseigner plus de choses. Et encourageons-les à toujours demander quel est le risque et le pire scénario possible.
Voici une liste de questions à poser – systématiquement, en les cochant au fur et à mesure des réponses – avant de signer un formulaire ou d’accepter de faire un gros achat, quel qu’il soit.
Que se passera-t-il si je tombe malade et ne peux plus travailler ? Puis-je récupérer mon argent par anticipation sans pénalité ? Qu’arrivera-t-il si l’entreprise fait faillite ? Si ses dirigeants vont en prison ? Si la bourse chute et ne remonte pas avant des années ? Si les taux d’intérêt descendent jusqu’à zéro ? À combien s’élèverait ma perte maximale sur ce placement ?
Vous aurez peut-être à vous méfier de votre propre optimisme face à des offres trop belles pour être vraies : un placement promettant un rendement à deux chiffres sera plus risqué qu’un autre qui ne rapporte que 2 % ou 3 %. Il ne s’agira certainement pas d’un prêt ni d’une autre forme de placement garanti.
Environ 2 800 résidents de Colombie-Britannique ont été victimes de la fraude de la société Eron Mortgage au cours des années 1990. Une étude du professeur Neil Boyd, de l’université Simon Fraser, a montré que plus du tiers des investisseurs d’Enron pensaient avoir consenti un prêt assorti d’un taux de rendement garanti. Or, ceux qui se considéraient comme prêteurs ont perdu près de deux fois plus que ceux qui savaient qu’ils investissaient à risque (76 000 $ en moyenne, contre 43 000 $ pour les investisseurs).
Les décisions de placement se prennent souvent sans que les données de base soient établies solidement et, surtout, sans avoir fait l’objet d’une analyse critique.
La conclusion de M. Boyd est que « c’est finalement l’investisseur bien informé et sceptique qui a le moins de risque d’être victime de la malhonnêteté de gens comme ceux de Eron ».






