Les multiples défis des cours obligatoires sur les connaissances financières en C.-B.

Patricia Bowles, Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique

En 2002, le ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique a modernisé le programme scolaire en faisant notamment de l’éducation financière une matière obligatoire pour plus de 55 000 élèves de 10e année, chaque année.

La Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique (BCSC) a pris l’initiative de préparer une ressource globale intitulée The City: Financial Life Skills for Planning 10 pour les enseignants. Collaborant avec les professeurs, les étudiants, des rédacteurs et des spécialistes financiers de toute la province, elle a rapidement découvert qu’un des premiers défis était de rendre l’éducation financière intéressante et pertinente pour les adolescents – de 14 – 15 ans !

Le résultat fut une ressource interactive basée sur des activités mettant en vedette huit personnages fictifs dont les histoires représentaient une grande variété d’expérience financière. Le défi en soi semblait déjà assez difficile mais il a décuplé lorsque nous avons commencé à commercialiser The City.

La Colombie-Britannique est une vaste province – cinq fois la taille de l’État de Washington, son voisin du sud. Elle est habitée par 4,5 millions de personnes éparpillées sur une superficie deux fois plus grande que la France avec 60 commissions scolaires et plus de 500 écoles secondaires.

Nous avons commencé par assister à des conférences et envoyer de l’information à toutes ces écoles. Au cours des deux premières années, plus de 1 400 enseignants ont demandé le matériel. C’est là que nous avons commencé à nous heurter au deuxième défi qui est aussi le plus important : Comment enseigner à des enseignants l’art d’enseigner des connaissances financières utiles. Le défi était encore plus grand à surmonter.

Nous avons appris très rapidement que les enseignants n’étaient pas formés pour cette matière; beaucoup n’avaient jamais acquis ces connaissances eux-mêmes pendant leurs études. La simple vue de ce sujet les effrayait – budget, épargne, crédit et dette, assurance, impôt et placement. Le cours devait permettre aux élèves de créer un plan financier personnel qu’ils devaient préparer pour passer leur diplôme.

Nous avons commencé avec des séminaires face à face gratuits, mais la géographie militait contre cette solution. Nous avons alors monté un séminaire sur le Web. Il suffisait aux enseignants d’avoir un ordinateur relié à Internet et un téléphone. Nous avons fait appel à des spécialistes en pédagogie et organisions généralement deux à trois séminaires par an. Mais là encore, nous ne réussissions à toucher que la portion congrue et chaque année de nouveaux enseignants se voyaient confier ce cours, souvent sans préparation et sans pouvoir suivre le séminaire sur le Web.

Nous en sommes à notre cinquième année et croyons avoir fait des progrès. Nous présentons maintenant des exposés à de jeunes étudiants, futurs enseignants, dans trois collèges de formation d’enseignants en Colombie-Britannique et offrons le séminaire Web ou une formation face à face gratuite. Cette approche est plus économique. Grâce à elle de nouveaux enseignants commencent leur carrière en se sentant à l’aise avec le sujet, ce qui est positif pour les écoles qui ont du mal à trouver des enseignants volontaires et capables de donner le cours Planning 10.

Tandis que nous apprenions à faire connaître cette ressource et former des enseignants, nous avons estimé qu’il était important de faire quelques recherches pour découvrir si notre ressource était efficace. Sur Internet, vous pouvez voir que nous avons réalisé deux études auprès d’étudiants diplômés à Kelowna. Avant l’enseignement de ce cours dans les écoles secondaires, les élèves disaient que le domaine pour lequel ils se sentaient le moins préparés pour la vie active était la gestion de leurs finances. Nous constatons maintenant divers degrés d’amélioration dans les capacités des élèves de gérer leur argent après les études secondaires. Nous avons également effectué quelques études auprès des enseignants pour comprendre comment ils utilisent la ressource.

Il y a deux ans, le gouvernement canadien a décidé qu’il devait se concentrer sur l’enseignement de connaissances financières aux jeunes Canadiens. Nous avons accepté de céder sous licence La Zone (The City) à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) et collaboré avec elle pour produire un programme interactif en ligne disponible en français et en anglais.

La Colombie-Britannique a fait un petit pas sur le long chemin pour trouver le meilleur moyen d’enseigner la dynamique financière. Nous croyons qu’il faut faire beaucoup plus. Par exemple, les cours devraient être offerts à différents stades dans l’ensemble du réseau scolaire. Les connaissances financières devraient être enseignées à toute une gamme de groupes – des nouveaux immigrants aux Premières Nations et peuples autochtones.

En Colombie-Britannique, nous avons décidé de moderniser notre ressource initiale pour tenir compte des commentaires que nous ont faits les enseignants et pour simplifier certains chapitres. Nous prévoyons de relancer le dossier au printemps et continuerons notre programme de formation des enseignants. Nous collaborons avec le Investor Education Fund de l’Ontario et l’OCRCVM pour sensibiliser le public aux besoins d’informations financières par le programme Funny Money des écoles secondaires. Nous utilisons aussi Smart Cookies créé et développé en Colombie-Britannique pour faire passer le message.

En Colombie-Britannique, nous en sommes à peine au début. Nous serons heureux de partager nos expériences avec le Groupe de travail sur la littératie financière nommé récemment. Ces travaux représenteront une étape importante pour produire une stratégie nationale sur l’éducation financière pour le Canada.