Tom Hamza, président, Investor Education Fund
Le problème de l’éducation financière de ce pays est bien connu. Les connaissances et comportements qui laissent à désirer dans ce domaine ont une incidence importante sur la richesse des ménages et menacent l’idée que nous nous faisons de la retraite. Ce qu’on connaît moins, ce sont les mesures à prendre pour remédier à la situation.
Où commencer ? Cela ne peut pas être si difficile
Notre étude récente sur l’éducation financière dans les collèges révèle une évidence – le problème commence dès le jeune âge. Moins de 38 % des élèves du secondaire en Ontario se sentent prêts, peu ou prou, à gérer efficacement leur argent après leur sortie de l’école. Voilà où le bât blesse. Plus de 60 % des étudiants ont indiqué qu’ils aimeraient acquérir des connaissances financières à l’école, ce qui montre bien que c’est là qu’il faut commencer.
L’acquisition de connaissances financières de base est absolument nécessaire. Au cours des dix dernières années, nous avons appris à plus de 3 500 enseignants, en Ontario, à utiliser notre ressource Taking Stock et avons présenté notre séminaire Funny Money à plus de 50 000 étudiants par an. Ce sujet a fait des adeptes bien au-delà du cercle des étudiants jusqu’aux enseignants, aux écoles, aux commissions scolaires et au ministère de l’Éducation dans plusieurs provinces. Même s’il faudra des années pour améliorer la littératie financière, l’intérêt pour ce sujet augmente. La conversion de cet intérêt en action est un processus continu, mais nous avons fait plus de progrès que jamais.
Facile alors n’est-ce pas ?
Si tout le monde s’entend pour dire que le système scolaire est le seul problème, celui-ci devrait être facile à résoudre. Cependant, l’école n’est qu’une première étape. La question déborde largement les salles de classe puisqu’elle suppose un apprentissage continu toute la vie durant.
Nos études révèlent que l’apprentissage des questions financières a tendance à augmenter fortement au moment d’événements importants dans la vie : un premier emploi, l’achat d’une maison ou la naissance du premier enfant, des événements où les consommateurs ont soudain besoin d’informations objectives et en langage simple. La résolution de la crise rampante de la littératie financière passe par une approche progressive pour transférer les bonnes informations au public au bon moment.
L’éducation financière ne s’améliorera pas seulement par la connaissance des étapes de la vie. Cependant, c’est un état d’esprit qu’il est essentiel d’inculquer au consommateur moyen. Il nous permet de prendre une approche marketing de segmentation de la population pour découvrir comment apporter exactement à chaque segment les informations dont il a besoin. Il s’agit d’emprunter le moyen de communication le plus pertinent pour chaque groupe pour faire passer le message, de reconnaître qu’une population cible est en fait constituée de multiples sous-groupes qui agissent différemment.
Faire accepter le matériel peut être plus difficile que de le créer
Les spécialistes du marketing savent qu’il faut de solides études de marché pour connaître les publics cibles et savoir comment les toucher. Pour avoir un effet sur la littératie financière, il faut comprendre les supports, le langage et la fréquence nécessaire pour provoquer un changement ainsi qu’un effort de longue haleine pour se démarquer dans le lot quotidien de messages que dont est bombardée chaque personne.
Nous entamons actuellement des recherches qui nous aideront à trouver des réponses pour centrer nos efforts sur la manière dont les gens apprennent et les supports avec lesquels on a le plus de chances de les toucher. Pour nous, le défi sera toujours de prendre la multitude de pages d’informations financières objectives que nous offrons sur investored.ca pour présenter des informations précises à chaque personne au moment opportun. Nous devons comprendre les comportements et les ressources auxquels une femme divorcée de 50 ans fera confiance et lui présenter le sujet d’une manière qui réponde à ses besoins. Nous devons reconnaître que cela diffère de ce sur quoi s’appuierait un nouveau diplômé ou une jeune maman. Créer le matériel pédagogique ne suffit donc pas – nous devons encore le présenter au bon endroit et le rendre attrayant et pratique pour les personnes visées.
De la même manière, il faut suivre les résultats. Nous devons faire plus qu’évaluer l’intérêt et mesurer ce qui est effectivement appris et intégré par les utilisateurs. On critique souvent les programmes de littératie financière en invoquant l’incapacité des personnes à assimiler de grandes quantités d’informations financières à la fois. Cependant, comme pour toute autre matière, nous devons supposer que les gens peuvent comprendre quelque chose et modifier leur comportement. Cela doit se faire par des tests ciblés avant la diffusion des documents et l’évaluation des résultats une fois que les documents ont été publiés. La recherche doit porter sur ce que le lecteur a effectivement appris et retenu, plutôt que sur ce qu’il pensait du programme. Si on ne sait pas comment les gens traitent l’information et modifient leur comportement, les efforts de perfectionnement et d’amélioration sont quasiment impossibles.
Cela dit, notre défi n’est pas de créer l’information. C’est beaucoup plus un défi de marketing, de positionnement, de personnalisation, de transmission et, fondamentalement, de compréhension des besoins de nos clients afin d’influer sur le changement. Cela ne peut pas se faire par une seule expérience d’apprentissage, mais doit s’acquérir sur toute une vie de décisions financières.
Et les gens qui ignorent jusqu’à leur ignorance ?
L’enseignement de la littératie financière à l’école est un point de départ important, et un apprentissage toute la vie durant au bon moment est essentiel pour aider les gens à s’informer sur des sujets qui sont cruciaux pour eux. Mais que dire des personnes qui ne cherchent pas d’informations alors qu’elles devraient le faire ? Comment pouvons-nous les joindre ?
Un des défis des programmes de littératie financière est que, parfois ils ne touchent pas les personnes qui justement en ont le plus besoin. Les personnes qui se présentent à nos séances de formation ou consultent notre site Web complètent souvent des connaissances qu’elles ont déjà. Toucher celles qui en ont le plus besoin est extrêmement difficile et nécessite qu’on aille au-devant d’elles, particulièrement avec un sujet qui peut être intimidant et difficile à aborder.
À un certain niveau, la littératie financière doit créer une série d’attentes et de comportements dont notre société manque actuellement. Si l’épargne est indispensable à la retraite, nous devons communiquer ce message à des gens qui ne le cherchent pas. Faire passer ces messages auprès de personnes qui ne sont pas motivées est un complément essentiel de l’apprentissage scolaire et à vie. Nous devons déployer des efforts ciblés pour nous attaquer activement aux questions de littératie financière – y compris des comportements tels que l’épargne et l’emprunt – par des moyens directs tels que la publicité. Les notions financières doivent être transmises activement aux particuliers, de la même manière qu’on l’a fait pour l’alcool au volant et les campagnes antitabac. Il est toujours difficile de modifier des comportements et des habitudes, particulièrement avec un sujet aussi tabou que les finances personnelles. Nous devons en prendre acte et élaborer un plan intégré pour toucher le public avec ces messages au bon moment. Il faut faire passer le message de la littératie financière – comme la publicité sur l’alcool au volant et le tabac l’a fait au cours des 20 dernières années. C’est crucial pour modifier les attentes de la société à cet égard.
Les changements nécessitent une prise en compte de tous les éléments
Pour faire évoluer la littératie financière dans ce pays, il faut reconnaître que les comportements ne seront pas seulement modifiés par la préparation de nouveau matériel pédagogique ou le traitement des sujets d’une seule manière. Il faut développer une base de connaissances dans les écoles, la soutenir et informer activement le public des comportements nécessaires. Si nous n’examinons pas la situation de la littératie financière globalement, nous sommes condamnés à continuer de déployer des efforts pleins de bonnes intentions mais limités, et qui auront peu d’effets.






